César Gargafi / "Art 227-24"______________________________________________Nu N°4
huile et acrylique sur toile / 177cm x 148cm / 21 02 2007
"Art 227-24"
série de sept peintures sur toile
format unique 177 X 148 cm
sont convoqués :
le regard
la censure
le sacré
le réalisme
la convention
l’origine
le plaisir
l'objet-tableau
"Art 227-24"_______________Nu N°2
huile et acrylique sur toile / 177cm x 148cm
08 . 2006
Rrose Sélavy
« J’ai voulu [ . . . ] changer d’identité et la première idée qui m’est venue c’est de prendre un nom juif. J’étais catholique et c’était déjà un changement que de passer d’une religion à une autre ! Je n’ai pas trouvé de nom juif qui me plaise ou qui me tente, et tout d’un coup j’ai eu une idée : pourquoi ne pas changer de sexe ! Alors de là est venu le nom Rrose Sélavy. Maintenant c’est peut-être très bien, les prénoms changent avec les époques mais Rrose était un prénom bêta en 1910. Le double RR vient du tableau de Francis Picabia, vous savez, «l’œil cacodylate» qui est au Bœuf sur le Toit – je ne sais pas s’il a été vendu – dans lequel Francis avait demandé à tous ses amis de signer. Je ne me souviens plus comment j’ai signé – ça a été photographié, par conséquent quelqu’un le sait. Je crois que j ‘avais mis Pi Qu’habilla Rrose – arrose demande deux R, alors j’ai été attiré par le second R que j’ai ajouté - Pi Qu’habilla Rrose Sélavy.
Marcel Duchamp « Duchamp du signe, Ecrits » (Champs Flammarion)
"Art 227-24"_______________Nu N°6
huile et acrylique sur toile / 177cm x 148cm
20 . 05 . 2007
Article 227-24 du code pénal.
« Le fait
- soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine,
- soit de faire commerce d’un tel message,
est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur.
Lorsque les infractions prévues au présent article sont soumises (commises) par la voie de la presse ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »
"Art 227-24"_______________Nu N°5
huile et acrylique sur toile / 177cm x 148cm
26 . 04 . 2007
COURBET Gustave - L’Origine du monde
Il est un tableau qui est fait pour n’être pas vu. Ou alors, en catimini, dans la tranquillité d’une délectation solitaire, non sans que l’on ait pris le temps d’écarter son voile protecteur. Telle est l’œuvre curieusement intitulée L’Origine du monde, peinte par Courbet en 1866. La singularité du sujet - un sexe de femme exhibé en gros plan - explique son destin particulier. Avant d’entrer dans les collections nationales en 1995, l’œuvre existe surtout par ouï-dire ; sa description par Maxime Du Camp, unique témoignage direct, prend alors une valeur canonique. Après une allusion à son probable commanditaire, le diplomate et amateur turc Khalil Bey, l’écrivain rapporte en ces termes sa vision du tableau : « lorsqu’on écartait le voile, on demeurait stupéfait d’apercevoir une femme de grandeur naturelle, vue de face, extraordinairement émue et convulsée, remarquablement peinte, reproduite con amore ainsi que disent les italiens, et donnant le dernier mot du réalisme. Mais, par un inconcevable oubli, l’artisan qui avait copié le modèle sur nature avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête. »
En désignant le sexe par soustraction des autres parties du corps, Du Camp pointe autant la figure innommable du tableau que ce qu’il rejette hors champ. Le regard qui se repaît du paysage charnu de l’entrecuisse, du mont de Vénus et de la fente vaginale (et que l’on a rapproché des nombreuses grottes et sources de la Loue, peintes par l’artiste franc-comtois) doit donc renoncer à saisir la femme entière. Voilà le coup de génie de Courbet : traiter le sexe comme un portrait, seul genre pictural à se constituer par élision du corps.
On a beaucoup glosé sur cette vulve que l’on envisage et qui à son tour nous regarde, sur les nuances de la carnation, de la toison et de la blancheur du drap, sur l’axe oblique du ventre peint en raccourci, sur la tumescence du téton et sur le voile et les panneaux peints destinés à dissimuler le tableau, etc. Mais on ne dira jamais assez que la fascination qui s’exerce ici relève autant de « l’obscur objet du désir » enfin dévoilé que de l’amputation (castration ?) du corps qui l’accompagne. Comme si l’offrande faite au regard devait se payer de l’anonymat absolu de la femme qui reste, encore et toujours, à chercher. Le mystère qui entoure le tableau, (l’origine du titre, l’identité du modèle, ses pérégrinations et ses éclipses) redouble ainsi celui de son sujet. Après être passé par les mains du dispendieux émissaire de la Sublime Porte et celles du baron hongrois Hatvany, le tableau ne pouvait trouver meilleur destinataire que le psychanalyste Jacques Lacan pour qui, on le sait, « la femme n’est pas toute ».
Désormais livrée au regard public, la femme impudique de Courbet rappelle si besoin est, qu’aucun tableau n’a jamais été peint pour finir au musée.
Un portrait sans visage par Makarius Michel
"Art 227-24"_______________Nu N°7
huile et acrylique sur toile / 177cm x 148cm
06 . 2007
La matrice du nu féminin
Si « La Vénus d'Urbino » n'est pas le premier nu féminin de la peinture européenne ce pourrait être la première peinture d'une femme déshabillée. Présentée comme telle, et consciente de l'être. Comme disent les Anglais, elle est moins nude que naked, moins nue que dénudée. Elle le sait et n'en éprouve aucune mauvaise conscience.
Désormais, ni portrait de courtisane, ni tableau de mariage, La Vénus d'Urbino est devenue un grand fétiche érotique, une matrice du nu féminin dont Manet s'inspirera dans son Olympia 325 ans plus tard.
Alberti invente en effet à la fois la perspective comme base de la peinture et Narcisse comme inventeur de la peinture. Autrement dit, il fait de Narcisse l'inventeur de la perspective en peinture. La relation entre Narcisse et la perspective se fait à travers le miroir : le miroir de la fontaine où se regarde Narcisse et le plan de la représentation comme miroir du monde (" la peinture est-elle autre chose que l'art d'embrasser ainsi la surface d'une fontaine ? " Mais embrasser c'est ce que refuse de faire Narcisse avec Echo et c'est ce qu'il ne peut pas faire avec sa propre image reflétée dans le miroir de la fontaine. Il ne peut ni la toucher ni la baiser. Alors il la perd, elle se perd. Narcisse est l'inventeur de la peinture parce qu'il suscite une image qu'il désire et qu'il ne peut ni ne doit toucher. Il est sans cesse pris entre le désir de l'embrasser, cette image, et la nécessité de se tenir à distance pour pouvoir la voir. C'est ça l'érotique de la peinture qu'invente Alberti, et c'est elle que Titien met en scène dans la Vénus d'Urbino : il exhibe sur le devant de la scène une figure qui, elle se voit et se touche alors qu'il impose à son spectateur de substituer le voir au toucher. Voir seulement voir.
Daniel Arasse (On n'y voit rien, Editions Denoel, 2001).
Daniel Arasse (On n'y voit rien, Editions Denoel, 2001, ed. folio essais 2005 p. 125 à 173).
Au XVIème siècle, on attribuait une puissance magique aux images. On recommandait d'accrocher de belles nudités, hommes ou femme, dans les chambres à coucher des époux. Si la femme regardait ces beaux corps au moment de la fécondation, son enfant serait plus beau.
Le geste de la main gauche est pourtant tout à fait exceptionnel, même au XVIème siècle. Titien ne l'a jamais repris et aucun autre peintre non plus. Même en 1538, il devait paraître un peu osé, à la limite du pornographique. Le tableau est un peu obscène parce qu'il rend public, il met sur le devant de la scène, un geste qui est admis dans l'intimité du mariage.
Rona Goffen a en effet montré comment, au XVIème siècle, la masturbation féminine était, dans un contexte précis, acceptée et même recommandée. La science disait que les femmes ne pouvant être fertilisées qu'au moment de leur jouissance, les médecins suggéraient aux femmes mariées de se préparer manuellement à l'union sexuelle pour avoir un enfant. Rona Goffen indique même que la pose de cette femme, appuyée sur son côté droit, correspond à des recommandations du même genre.
Autrement dit, si ce n'est pas un tableau de mariage, c'est un tableau imaginé dans un contexte de mariage ce que confirment le myrte sur la fenêtre, les roses dans la main gauche, les deux coffres du fond et le petit chien endormi sur le lit. Toutefois ces symboles ne sont pas univoques. Les coffres peuvent être des coffres de mariage mais les courtisanes en possédaient aussi dans leur palais et le myrte et les roses peuvent n'être seulement que des roses et du myrte. Le petit chien endormi sur le lit, Titien l'a également peint aux pieds de Danaé lorsqu'elle se fait engrosser par Jupiter.