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"Art Public"
- i n s t a l l a t i o n -
Valenton
__Octobre / Novembre 1990
Une semaine d' "Art Public à Valenton"
Réalisation d'une installation dans le quartier de "La Lutèce"
du 29 Octobre au 3 novembre 1990
"Art Public, Valenton" _________________________ Installation
__________________________ 1990
Projet : installation / Art Public à Valenton
Activer de manière insolite deux éléments banalisés du paysage urbain,
* La voiture
* La lumière artificielle
Le projet est d’installer sur un parking public, plusieurs voitures pourvues d'un éclairage intérieur coloré.
Les voitures seront immobilisées.
Elles ne seront pas nécessairement en état de marche.
L'aspect extérieur ne présentera aucune particularité distinctive. ( aucune plaque, aucun socle, aucun signe avisant
la présence d’une œuvre au milieu des véhicules stationnés).
Chaque voiture possèdera à l'intérieur de son habitacle une série de néons colorés (tubes fluorescents) ; les
couleurs seront choisies en fonction de chaque véhicule et de son stationnement.
Les tubes fluorescents seront plaqués au planché de chaque véhicule de telle sorte qu'ils ne soient pas visibles
de l'extérieur.
Dans la journée les néons seront éteints et à la tombé de la nuit allumés.
Le système d'allumage et d'extinction des tubes fluorescents sera calé sur l’éclairage urbain.
Pour chaque voiture une puissance d'environ 300 w sera nécessaire correspondant 10 tubes fluorescents.
Placé sur un parking, l’œuvre, tel une balise signera l'espace de la ville.
Document J.P.M. du 2 octobre 1989
Semaine d'"Art Public à Valenton"
Interview de Jean-Paul Matifat par Claude Darras
Claude Darras.
Je te connais plus comme peintre, dont le cadre habituel de travail est l’atelier. L’œuvre de Valenton
répond (où plutôt répondait, puisqu’elle a déjà disparue) à une commande et s’inscrit donc dans un cadre
de contrainte.
Jean-Paul Matifat.
Des contraintes il y en a toujours. Elles sont simplement de natures différentes. L’atelier impose
ses contraintes, la commande de Valenton en imposait d’autres.
A Valenton je ressentais plutôt le besoin de me mouler dans l’espace choisi, situé à la marge de la
ville, d’en jouer tout en y amenant mes propres interrogations.
Je voulais éviter d’arriver avec une sculpture et la déposer dans un site comme le signe d’un
savoir-faire, d’une vérité. Le cadre de la Banlieue induisait d’autres vérités.
C.D.
La Banlieue s’offre comme un cadre, peut-on dire qu’elle détermine l’œuvre, à la différence
de ton travail d’atelier qui lui, peut-être, détermine le cadre ?
J.P.M.
Je ne crois pas que l’œuvre soit entièrement déterminée par le cadre et inversement. L’artiste
qui détermine le cadre, c’est très démiurgique. C’est sûr que la commande publique induit un
type de travail qui influe sur la forme.
Ce qui différencie une pratique d’atelier d’une commande public c’est l’urgence. A Valenton
il fallait aller vite, jouer avec tous les signes de la Banlieue, ceux que j’avais sous la
main ; il y a une attente et on t’attend au tournant si j’ose dire. L’urgence, c’est le regard
immédiat de l’autre ; le public. Je pense que l’interrogation reste, la forme change et peu
importe les moyens.
C.D.
Pour en revenir à l’œuvre elle-même, la chose la plus remarquable, c’est son fonctionnement
cyclique. Le fait qu’elle disparaisse dans le journée et qu’elle se révèle la nuit.
J.P.M.
Au départ j’ai réfléchi sur la prolifération des signes dans la ville et sur l’impact des images.
Je voulais produire une image qui participe de cette prolifération et dans le même temps la
mettre en péril, la distancier.
Le cycle dont tu parles me permettait de donner ce double statut à l’œuvre et de situer
l’interrogation dans l’entre-deux de l’œuvre ; entre objet séduisant, coloré, magique et le
ready-made que la voiture devenait dans la journée.
Quand tu dis que l’œuvre disparaît dans la journée c’est considérer l’œuvre comme seul objet
esthétique, c’est n’accorder à l’art qu’un statut de visibilité. Je recherchais quelque chose
d’autre.
C.D.
Les couleurs ? Le constat des trois couleurs primaires. Le parti pris d’une certaine
élémentarité ?
J.P.M.
Le problème des couleurs c’est posé très vite, déjà en choisissant les voitures ; je me
suis laissé guider par le hasard, en fin de compte telle voiture ou telle autre, ça n’avait
pas beaucoup d’importance étant donné qu’elles étaient destinées à se fondre dans l’univers
ambiant.
Pour la lumière placée dans les voitures, j’ai cherché différentes combinaisons. La couleur
était l’élément magique ; ce qui s’offrait directement au regard. Je la voulais à la fois
féerique mais pas maniérée. Je me suis arrêté sur les trois couleurs primaires pour marquer
un effet de complémentarité, de neutralité, de totalité.
C.D.
En somme, le seul élément tangible de l’œuvre c’est la lumière.
J.P.M.
L’œuvre s’articule autour de trois éléments :
-le cadre de la Banlieue
-la lumière
-le temps
c’est par le lumière que l’œuvre accède au statut d’œuvre d’art. Et paradoxalement la lumière
est certainement l’élément le plus immatériel de ces trois paramètres. L’œuvre n’existe comme
ready-made dans la journée que par opposition à son existence lumineuse la nuit, et inversement
les voitures illuminées la nuit nous paraîtrait outrageusement décoratives si dans la journée
elles ne retournaient pas à leurs statuts de voitures banalisées.
C.D.
Le temps ?
J.P.M.
Le temps c’est l’introduction d’un rythme élémentaire qui ponctue l’œuvre et l’introduit dans
notre quotidienneté.
C.D.
Tu imposes à toutes tes productions un principe d’économie qui donne une dimension
conceptuelle à ton travail. C’est vrai pour Valenton où la seule réalité tangible de l’œuvre
c’est la lumière.
J.P.M.
En dehors de la couleur, je voulais éviter la présence de tous signes capables de rendre
visible la sculpture : socle, plaques, signature, lieu institutionnel. C’était aller droit
au but sans renoncer pour autant à la forme. L’économie participait à un renforcement du sens.
C.D.
Un principe de précarité anime ton travail ?
J.P.M.
On retrouve assez souvent cette idée de la disparition dans mon travail.
Ca se passe entre un effet de séduction et une réalité de la disparition. Toujours cet
entre-deux qui me fascine.
Dans une société qui consomme de l’image à n’en plus finir et qui voue un culte inconsidéré
au visible, comment un artiste peut-il produire des images sans pour autant y renoncer de
manière puritaine ou y succomber ?
J’essaye de déplacer mon propos du côté de la mémoire en produisant des œuvres et dans le
même temps, de sanctionner, de mettre en péril cette production.
A Valenton c’est le cycle diurne/nocturne qui devait apporter cette dimension.
C.D.
Tu as autrement un propos plus poétique sur les lumières dans la nuit misent en relation
avec la Banlieue, l’iconographie prend en charge tout cet aspect de séduction.
J.P.M.
Là, c’est une affaire de goût. C’est ma part de matérialité, d’être là, de sentir, d’imagerie,
de visible, on y échappe pas et c’est très bien.
C.D.
J’observe également que tu peins sur des fonds noirs ?
J.P.M.
En effet, je crois qu’il y à une analogie à faire entre le fait de poser de la couleur
sur un support noir et le fait de déposer des néons colorés dans la nuit. Une certaine
idée de la révélation.
Je dirais que la couleur c’est la pointe émergée, séduisante de mon travail d’atelier.
L’ensemble travaillant de côté de l’ombre ; le support en étant l’indice (le plastique noir),
la fragilité de la peinture la vérification.
C.D.
Actuellement ?
J.P.M.
Je tends des grandes bâches plastiques sur des châssis, un travail que je poursuis
parallèlement à un travail de représentation d’objets. Toujours cette contradiction
entre une volonté d’appropriation physique et esthétique et d’un autre côté une volonté
de totalité, d’infinité, d’invisibilité.
C.D.
Tu as d’autres projets ?
J.P.M.
Tu vois ce que j’aimerais, c’est creuser des trous (c’est se que j’avais proposé à Ivry).
Plutôt soustraire que rajouter ; imagine un artiste qui commence à enlever des signes à la
ville, à créer des vides, des espaces blancs ; commencer sa journée en circulant sur du manque.
Maintenant, étrangement, il ne reste rien.
"Art Public, Valenton" __________ Installation
_____________ Octobre 1990